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Jacques Rougeau a changé d’arène

25 octobre 2011

Chroniques Albert Ladouceur

L’ex-lutteur Jacques Rougeau continue de se battre, mais il n’enjambe plus les câbles de l’arène. Ses convictions profondes et sa verve remplacent la prise du sommeil et la clef de bras japonaise.

 

Rougeau aime toujours la lutte. On ne coupe pas les liens avec un sport spectacle ou un spectacle athlétique — tout dépendant de sa vision — qui a permis à une famille québécoise de connaître la célébrité et de gagner honorablement sa vie depuis les années 1950. Retraité des circuits américains depuis le 11 avril 1977, après une victoire gratifiante sur le légendaire Hulk Hogan, retiré de ses galas familiaux depuis le 28 mai 2011, le fils de Jacques Senior et le neveu de Jean s’amène avec sa troupe de saltimbanques au Capitole, ce soir.

Une salle comble, plus ou moins 1 000 billets vendus, assistera à ce spectacle de bande dessinée où les bons tenteront de corriger les méchants, l’essence même de la lutte. Fier de son produit, Rougeau parle pompeusement d’un mélange du Cirque du Soleil et de Walt Disney. Laissons-lui la comparaison.

« Notre spectacle familial ne fait pas la promotion de la violence, du sexisme, d’utilisation de chaises ou de tout autre objet. Nous proposons une formule avec des acrobaties, des pirouettes, des géants et des nains. Ça s’adresse à toute la famille, mais je recommande aux adultes de nous regarder avec des yeux d’enfant », explique-t-il.

Sensibilisation

Rougeau ne visite pas Québec pour la première fois depuis la création de sa compagnie dans le but unique d’augmenter sa fortune. Il appuie la lutte contre le cancer de la prostate. Celui-ci se révèle le plus dévastateur chez les hommes, alors qu’un Canadien sur six est touché, selon les statistiques.

Il a été contacté par une jeune femme de Québec, Sarah-Maude Joly, 21 ans, qui voulait amasser des fonds pour ce combat scientifique.

« Elle s’est donné cette mission lorsque son père a appris qu’il souffrait de ce cancer. Un dépistage précoce l’aidera à le vaincre comme dans 95 % des cas. Ce qu’il y a de noble dans sa démarche toutefois, c’est que Sarah-Maude souffre de la maladie de Crohn (inflammation chronique du système digestif). Elle préfère aider son père et tous les hommes qui sont attaqués par ce cancer encore trop méconnu que sa propre cause. »

Fier comme un paon, Rougeau remettra un minimum de 40 000 $ au centre de recherche du CHUQ, ce qu’applaudit le médecin spécialiste Vincent Fradet, responsable de la recherche clinique en uro-oncologie. La somme amassée restera dans la grande région de Québec et tous les dollars iront au CHUQ, car l’entreprise Biscuits Leclerc assume tous les frais découlant de l’organisation du gala.

 

« En dix ans, j’ai remis 100 000 $ à différentes œuvres avec mes soirées de lutte familiale. Va sans dire que ces 40 000 $ constituent un sommet et je devrais donner pas loin de 75 000 $ en 2011. »

Rougeau se dit préoccupé par ce cancer, car son père de 81 ans souffre de troubles prostatiques depuis une vingtaine d’années. « Il n’en parle pas. Pour lui, c’est un sujet tabou comme chez beaucoup d’hommes. Je ne sais même pas s’il a été opéré. » Afin de servir d’inspiration, fiston, 51 ans, passera son premier test de dépistage ce matin, à 10 h.

Témoignages

L’engagement social de Rougeau ne se limite pas à ses galas. Il prononce également des conférences dans des écoles primaires et secondaires du Québec afin de sensibiliser les jeunes à plusieurs causes. Il adapte son discours selon l’âge de l’audience.

« Je les informe des méfaits de la cigarette, des drogues, de l’alcool. Je les entretiens sur l’intimidation, les gangs de rues, l’importance des études et du sport dans la vie. À la fin, pour les remercier de leur attention, je « malmène » leurs enseignants. J’installe un matelas, je leur applique un enfourchement (body slam). »

Les témoignages qu’il reçoit après ses visites dans les écoles le valorisent. Une mère de famille l’a remercié parce qu’elle avait finalement abandonné la cigarette. Sa fillette la suppliait depuis une conférence du lutteur, qui mettait les jeunes en garde contre la fumée secondaire.

« J’ai été très touché par celui d’un père qui se butait au silence de son fils. À le voir grossir musculairement si rapidement, il se doutait qu’il utilisait des stéroïdes. Au lendemain de ma visite à son école, son garçon lui a remis ses fioles et ses seringues. Mes histoires d’horreur sur les lutteurs de la WWF (WWE maintenant) l’ont convaincu d’arrêter tout ça. »

Il y a donc d’autres façons de remporter une victoire que le compte de trois.

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